LE COMPOSTAGE,
UNE QUESTION DE GÉNIE…
Le compostage
- reproduit avec l'aimable collaboration de M.
Pierre Chénier, ing.
« Tu fais du
compost? – Oui! C’est bon pour mes fleurs et
c’est naturel! » On fait souvent du compost à
partir d’une conviction plus ou moins ancrée,
une sorte de mode environnementaliste, en
sous-estimant même les grands bénéfices qui en
découlent. Il faut réaliser que le compostage,
c’est sérieux. Pas sérieux dans le sens de
compliqué mais dans le sens de important. Et
important, pas dans le sens que c’est le
meilleur engrais pour mes fleurs, mais dans le
sens que l’absence de compostage constitue une
source de pollution significative. En tant
qu’ingénieur, on se doit d’être au courant de
cette réalité.
Soit dit en
passant, ceux qui cherchent dans le compost des
propriétés d’engrais seront déçus. Le compost
régénère le sol mais ne l’engraisse pas comme le
font les produits phosphatés et azotés. Mais un
sol bien régénéré préserve une fertilité « normale »
et durable. Ainsi, le compost est incontournable
dans une perspective de développement durable.
Ramenons-nous
donc chez nous, dans une maison ou un
appartement d’où nous générons des « vidanges »
dont environ la moitié est constituée de
matières dites « putrescibles » dans le jargon
de la gestion des matières résiduelles (pelures
de fruits, de légumes, restes de table, papiers
souillés, etc.). Ce sont ces matières
putrescibles qui sont propices au compostage.
Mais si on les jette « aux vidanges », ce sont
ces matières putrescibles qui rendent nos
poubelles dégoûtantes et malodorantes, qui
alourdissent nos « camions de vidanges » et leur
donnent un air répugnant, qui encombrent et
empoisonnent nos sites d’enfouissement en plus
de les rendre hautement suspects et indésirables
par ceux qui vivent à proximité, qui contaminent
les eaux souterraines et dégagent des gaz
louches, odoriférants et particulièrement
néfastes pour les changements climatiques.
Faire du compost,
ça veut donc dire alléger substantiellement nos
poubelles, nos camions de vidanges, nos sites
d’enfouissement et notre belle atmosphère. On
parle donc d’un double impact collectif :
économique et environnemental, ainsi que la
satisfaction de s’impliquer personnellement dans
l’amélioration de notre monde. Et malgré tout ça,
le compost demeure une pratique plutôt marginale.
Probablement parce que nous sommes encore dans
une société du consommer-jeter, organisée ainsi
avec le droit de ne pas savoir ce qui se passe
avec nos vidanges. Dans ce sens, le compostage
est contre culturel et les raisons de ne pas en
faire sont nombreuses : « Je n’ai pas assez de
place – Je ne saurais pas quoi faire avec le
compost – Ça va sentir – Les voisins vont se
plaindre – C’est beaucoup de trouble – C’est
compliqué – Je n’ai pas le temps – Ça prend trop
de temps à se décomposer – Etc. ». Toutes ces
raisons sont bonnes pour celui qui ne veut pas
en faire. C’est le choix de chacun et les
conséquences qui en découlent.
Mais pour celui
qui veut en faire, aucune de ces raisons n’est
valable lorsque le processus de compostage est
bien géré. Par exemple, pour la senteur, un tas
de compost ne sens rien à côté d’une poubelle…Ceci
étant dit, abordons le compostage lui-même. Bien
sûr, ce n’est pas comme mettre au bac de
recyclage des bouteilles de plastique, des
cannettes et du papier. Ça demande un peu plus
de soin et une autre façon de penser.
Il y a l’approche
avec composteur pour ceux qui préfèrent bien
cerner et contenir le processus, ou en raison
d’une contrainte d’espace. Ce peut être un
composteur acheté tout fait ou fabriqué par
l’utilisateur (en plastique ou en bois) selon un
plan ou selon son intuition. En gros, c’est un
contenant avec des ouvertures d’alimentation des
matières putrescibles et des ouvertures
d’aération. Il est conçu pour être utilisé sur
un balcon ou directement sur le sol. Étant donné
que le composteur n’est pas un milieu « naturel »
de décomposition, les tenants de cette approche
pourraient être préoccupés par la vitesse de
décomposition puisqu’une vitesse trop lente
aurait pour effet de congestionner l’appareil.
Des proportions justes de matières sèches et
mouillées, la rotation des substances anciennes
et nouvelles ainsi que certains additifs peuvent
être considérés pour en optimiser le rendement.
Cette approche est la plus répandue et on peut
en obtenir tous les renseignements aisément
(revues spécialisées, centres jardins, etc.).
Il y a l’approche
nature qui met à profit la capacité même de la
terre. Celle-ci, on le sait, contient une flore
bactérienne particulièrement élaborée ainsi que
des centaines de micro-organismes, de vers,
d’insectes et d’animaux de toutes sortes qui se
nourrissent des matières putrescibles et les
transforment en compost, sans effort et
rapidement. Il faut donc un espace de terre qui
n’a pas été intoxiqué d’herbicides et autres
choses en « cides ».
On y creuse un
trou d’au plus 30 cm de profondeur et une
surface d’environ un mètre carré. On laisse la
terre du trou à proximité. Il ne reste plus qu’à
y jeter tout ce qui est putrescible au fur et à
mesure qu’il se présente selon le rythme de sa
production. On le recouvre aussitôt d’une petite
couche de terre en utilisant la terre
d’excavation.
En fonction des
besoins du ménage (nombres de personnes,
habitudes alimentaires, etc.), l’usage
déterminera si on doit augmenter ou diminuer la
surface du trou de façon à ce qu’il se remplisse
en deux mois environ. On répète le processus en
creusant un autre trou à côté, ce qui permet
ainsi d’enrichir, avec les années, un coin de
potager ou de fleurs. On peut s’attendre à une
disparition complète des matières enterrées
après environ quatre mois. Il ne reste qu’une
terre plus meuble et plus riche en substances
organiques.
Si des petits
animaux viennent goûter au compost, ils ne
viennent que déterrer quelques détritus ce qui
favorise même l’aération du processus. Il n’y a
qu’à enterrer le tout lors de la mise en terre
suivante. Et si cela vous gêne, il s’agit de
circonscrire l’endroit avec une clôture.
Pour la saison
hivernale, il s’agit de creuser un trou un peu
plus grand avant que la terre ne gèle. On y
jette les matières putrescibles qui vont y geler
et être couvertes de neige. Les gels et dégels
de fins de saison contribuent également au
processus de compostage. Au dégel printanier du
sol, on enterre le tout avec la terre et on
continue les creusages de trous à côté.
Le compostage, ça
peut être simple et naturel. Peut-être trop
simple et trop naturel pour que les ingénieurs
et bien d’autres y portent attention. En fait,
il s’agit plutôt d’apprécier la réelle
complexité du compostage tel qu’effectué par
Mère Nature. Apprécions son génie! Après tout,
c’est pour notre mieux-être.
Pour des
Articles, suggestions et commentaires sur le
compostage tel que présenté, n’hésitez pas à
contacter…
Pierre Chénier,
ing.
chenpie1@hotmail.com
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